Interview de l’IGN

Pouvez-vous nous présenter l’institut IGN ?

L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) est l’opérateur de l’Etat en matière d’information géographique et forestière de référence.

Créé en 1940, il succède au Service géographique de l’Armée (SGA). Et depuis l’intégration de l’IFN en 2012, il s’occupe également de l’inventaire forestier national.

Avec plus de 1 600 collaborateurs répartis à Saint-Mandé et sur tout le territoire grâce à ces directions inter-régionales dont la Direction « Nord-Ouest » située à Nantes et Caen, l’IGN est un acteur de référence au service des politiques publiques.

Quel est la mission de l’IGN ?

L’IGN est acteur majeur public du numérique pour la description du territoire français et de ses ressources forestières nationales d’un point de vue géométrique et physique.

Depuis quelques années, l’IGN a développé des services (B2B ou B2C) pour les secteurs public, semi-public ou encore privé. Ces services s’appuient sur des données de plus en plus sophistiquées (résultant par exemple de croisements) liés notamment à des contraintes économiques, environnementales et géographiques.

À titre d’illustration, l’IGN :

L’IGN accompagne également les start-up et PME dans leurs projets de géoservices numériques grâce à son accélérateur de projets IGNfab. Ce dispositif permet à ces structures de bénéficier d’une expertise et d’une mise à disposition des données IGN pour développer les usages en matière de description du territoire et de géolocalisation.

Pouvez-vous nous donner quelques ordres de grandeur liés à vos activités ?

L’ensemble des données que nous gérons représentent aujourd’hui une volumétrie d’environ 300To, la plupart étant stockées dans des bases de données NoSQL de type Colonne.

À titre d’information, le département Loire Atlantique, d’une superficie d’environ 6000 km², représente 470Go de données brutes (non compressées / dégradées). Chaque pixel d’une image décrit 100 ou 400cm² de territoire.

Quels sont les types de données que vous manipulez ?

Nous manipulons deux types de données : les données géographiques et les données forestières que l’on peut ranger aussi en données « images » ou données « vecteur »

Quels sont vos méthodes pour acquérir les données ?

Concernant les données géographiques, plusieurs méthodes sont utilisées :

  • La plupart des données sont issues de photographies aériennes. L’IGN dispose d’une flotte de quatre avions permettant de cartographier sur 3 ans la totalité du territoire métropolitain. Mais l’intérêt de cette technique réside surtout dans la qualité de la résolution de ces photographies, meilleure que celle des images satellites.
  • Actualisées chaque année,les images satellites sont en revanche un réel complément.

Des techniques  de topographie et GPS  mises en œuvre sur le terrain permettent également des mises à jour plus fréquentes pour tenir compte d’évolutions sur des périmètres bien délimités (ex. : nouveaux lotissementx, nouvellex routes, etc.).

  • Enfin, certains partenariats sont noués pour enrichir les données (ex. : la Poste pour les adresses).

Concernant les données forestières, elles sont essentiellement collectées par des équipes sur le terrain qui parcourent régulièrement les forêts afin de réaliser un inventaire statistique (comptage, qualification d’arbres…).
Enfin, l’IGN opère désormais aussi grâce à son véhicule « mobile mapping » appelé STEREOPOLIS. Cette dernière génération technologique permet d’acquérir des photos et de faire des levers de nuages de points LIDAR en 3D en circulant simplement sur les routes.

Et comment les traitez-vous ?

Notre solution de traitement des images collectées permet de mettre en forme et de caractériser les objets comme la végétation, les lacs, les routes… par des données vectorielles selon trois types : points, ligne ou surface.

Un grand nombre de tâches sont ainsi automatisées, mais l’œil humain reste néanmoins encore nécessaire dans certains cas.

Pour la détermination des coordonnées géographiques, nous utilisons la technique de photogrammétrie qui consiste à déterminer les dimensions et les volumes des objets à partir de plusieurs photographies prises sous des angles différents. Elle couvre 90% des besoins.

En complément, nous avons recours aux instruments de topographie.

Quant aux travaux nécessitant une très grande précision, nous utilisons la technique du lidar (laser embarqué dans un véhicule). Le volume de données générées étant très conséquent, cette méthode reste circonscrite à des besoins spécifiques.

Quels sont selon vous les trois principaux enjeux autour de la data à relever pour les entreprises à horizon 3 ans ?

L’accès à la donnée est l’un des enjeux majeurs de notre temps. La loi pour une République numérique de 2016 apporte une réponse en instaurant un Service public de mise à disposition des données de référence.

Désormais, la mise à disposition de ces données en vue de faciliter leur réutilisation constitue une mission de service public relevant de l’État.

L’IGN est un acteur majeur de cette mission grâce à son savoir-faire en matière d’information géographique et à sa plateforme de diffusion, le Géoportail.

Pour cela l’IGN se doit de relever 3 défis :

  • Créer de la donnée utile au bénéfice des usages / services ;
  • Gérer la qualité de la donnée ;
  • Rendre la donnée disponible et facilement accessible.

Pour quelles raisons participez-vous au Salon Data ?

En tant qu’opérateur de référence au niveau national pour les données géographiques et forestières, l’IGN se doit de réaliser constamment de la veille pour conserver son rôle moteur à l’échelle nationale.

Par ailleurs, l’évolution vers un rôle de fournisseur de services a pour objectif de favoriser des synergies avec des sociétés et des partenaires.

Notre participation au Salon Data est une façon de répondre à ces objectifs.

Interview d’Opendatasoft

Pouvez-vous nous présenter votre société OpenDataSoft ?

OpenDataSoft est une jeune société française, créée fin 2011 et qui réunit à présent une cinquantaine de salariés. OpenDataSoft est implantée en France (Paris) et aux Etats-Unis (Boston). Nous envisageons par ailleurs d’étendre notre activité dans l’ouest de la France en ouvrant un bureau à Nantes, en 2017.

Quel est votre positionnement ?

Partant du constat que les outils permettant à des utilisateurs métiers de valoriser leurs données, sans expertise technique particulière, faisaient défaut, nous avons décidé de construire une plateforme clé en main, leur permettant de transformer et publier des données structurées, de les visualiser et de les réutiliser via des APIs. Notre objectif est de démocratiser le processus de valorisation de la donnée, en permettant à nos clients aussi bien de partager de manière sécurisée des données au sein de leur écosystème que de les ouvrir au grand public (Open Data)
Avec sa plateforme en SaaS, OpenDataSoft est positionnée sur le marché de l’Open Data et travaille également avec de nombreuses entreprises et organisation sur des données privées.

Quels sont vos clients ?

OpenDataSoft compte aujourd’hui une centaine de clients répartis dans 14 pays (pour en citer quelques-uns : France, Etats-Unis, Angleterre, Allemagne, Portugal, Espagne, Pays-Bas, Suisse, …).  Notre chiffre d’affaire se répartit de façon égale entre le secteur public et le secteur privé.

Notre positionnement est très orienté vers la thématique des smart-cities. Nous équipons les villes (Ville de Paris, Métropole de Rennes, Métropole de Toulouse, Ville de Bruxelles, Ville de Bristol, …) et les délégataires de service public, opérateurs de réseau de transport , d’énergie ou d’objets intelligents (Enedis, RTE, Engie, GRT Gaz, SNCF, Keolis, RATP, STIF, …). Nous travaillons également avec de nombreux ministères en France et à l’étranger (Ministère de l’Education, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Ministère de la Culture, Ministère de l’Environnement, …).

 

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de réalisation ?

Dans le secteur public, la plateforme OpenDataSoft est une solution de référence pour la diffusion de données Open Data. Quelques exemples de portails Open Data :

Ces portails permettent à nos clients non seulement de rendre disponibles les données qu’ils produisent mais également de les mettre en valeur au travers de visualisations interactives (agendas d’événements, données culturelles, données urbaines). Ces données, également mises à disposition via des APIs sont immédiatement exploitables par des développeurs, qui peuvent les intégrer à leurs applications.

Autre exemple de réalisation, OpenDataSoft permet à la société Endetec-Homerider, filiale de Veolia, qui met au point et opère des réseaux de capteurs intelligents, d’identifier rapidement parmi la multitude de données produites l’information pertinente et d’enrichir les données provenant de capteurs en les croisant avec des données contextuelles (conditions météorologiques par exemple) ou patrimoniales (cartographie et typographie des installations). Deux ans après le déploiement de la plateforme Endetec-Homerider, celle-ci dispose de plus de 170 millions de lignes de données, de plus de 300 tableaux de bord et est consultée par plus de 160 utilisateurs métiers.

Quel est votre business model ?

Le modèle économique de la plateforme OpenDataSoft est basé sur l’usage qui en est fait. Nos clients sont ainsi facturés en fonction du volume de données qu’ils publient et du volume de réutilisation (mesuré par le compte du nombre d’appels d’APIs réalisés sur la plateforme).

Quels sont selon vous les trois principaux enjeux autour de la data à relever pour les entreprises à horizon 3 ans ?

Parmi les défis principaux que les organisations (qu’elles soient publiques ou privées) vont avoir à relever dans les prochaines années, j’en retiens trois principaux :

  • La mise en conformité RGPD (le nouveau règlement Européen sur la protection des données). Ce règlement redéfini profondément les rôles et responsabilités des acteurs de la chaîne de valorisation de la donnée notamment sur le sujet de la protection des données à caractère personnel ainsi que sur le sujet de la portabilité des données.
  • L’interopérabilité des plateformes de données, liée à l’émergence de standards de formats et de modèles de données.
  • La gouvernance de la donnée, partagée, croisée et enrichie par différents acteurs.

 

Pour quelles raisons participez-vous au Salon Data ?

Nous avons trouvé la précédente édition (premier salon Open Data en France), à laquelle nous avons participé, très réussie. C’est tout naturellement que nous avons souhaité reconduire notre participation pour l’édition 2017, la donnée étant au cœur de notre métier.